2. Entreprises agricoles, filières et marché
2.1. Contexte dans le secteur et les pays d’intervention
a. Afrique de l’Ouest
Dans les pays du Sahel, l’irrégularité des pluies s’est poursuivie jusqu’à la mi-juillet 2009. La situation s’est normalisée à partir du mois d’août pour donner des cumuls équivalents, voire supérieurs à la normale et parfois d’importantes inondations dans certains centres urbains. La situation des marchés des produits agricoles a été affectée par la crise financière de 2008 et le comportement des acteurs au moment des récoltes fin 2008 : actions d’appui non concertées, rétention de stocks et spéculation. Après une tendance haussière des prix consécutive à l’installation tardive de l’hivernage et à l’augmentation de la demande de céréales pour le mois du Ramadan en juillet 2009, les prix des céréales ont amorcé des baisses modérées mais régulières. Les bonnes récoltes de fin d’année ont accentué cette tendance à la baisse. Une situation alimentaire difficile a continué à prévaloir en milieux urbains et périurbains. Elle a amené les Etats à engager des actions de facilitation de l’accès aux aliments pour ces populations en difficulté. De même des efforts importants ont été consentis par certains gouvernements pour la mise à disposition d’intrants et d’équipements agricoles auprès des producteurs.
Au Burkina, les prévisions de récolte sont en baisse de 10% par rapport à la récolte de l’année dernière qui avait battu tous les records. Mais la production de riz paddy maintient sa tendance à la hausse (+15%). Les cultures de rente connaissent une baisse globale d’environ 12%, 26% pour le coton, et seule la production d’arachide se développe (+15%). Les cultures vivrières sont en baisse de 7%. Cependant, le bilan céréalier national, qui prend en compte le riz, le blé, le mil, le maïs, le sorgho et le fonio, fait ressortir un excédent brut. Le taux de couverture des besoins national est de 106%.
Au Mali, le plan de campagne agricole 2009 de l’Etat, bâti autour de trois spéculations (riz, maïs et blé) mais prévoyant également le développement d’autres cultures céréalières, industrielles, maraîchères, fruitières, etc. a mis l’accent sur l’accès aux intrants pour les producteurs. La campagne 2009 a été caractérisée par un démarrage difficile puis des pluies trop abondantes en août qui ont rendu difficiles les travaux d’entretien des cultures. Les fortes pluies enregistrées fin octobre ont également eu un impact négatif sur la qualité de la récolte et les rendements. Mais effet probable de la disponibilité des intrants, la production du coton est remontée. L’Etat a également élaboré une stratégie pour la valorisation du lait cru local à travers le « Projet de valorisation du lait cru local » ayant pour objectif le développement de la production laitière autour des grandes villes.
Au Togo et au Bénin, sous l’impulsion des bailleurs de fonds, les gouvernements togolais et béninois ont défini et mis en œuvre un programme spécial de restructuration du secteur agricole (PSRSA) et un programme d’urgence d’appui à la sécurité alimentaire (PUASA). Au Togo, la crise alimentaire et la persistance de la crise de la filière coton ont donné lieu à des prises d’initiatives nationales en matière de production et commercialisation de soja et de riz, de nombreux producteurs recherchant de nouvelles sources de revenus monétaires plus sûres. Au Bénin, le contexte 2009 se caractérise notamment par une aide extérieure technique et financière importante. Pour relancer le secteur agricole, le gouvernement béninois a également défini un programme national d’investissement agricole (PNIA) se dotant d’un document stratégique de relance de l’agriculture pour la période 2009-2015.
b. Afrique de l’Est et Océan Indien
En Ethiopie, malgré des problèmes climatiques récurrents dans les régions d’intervention, la situation économique et politique dans les zones d’intervention a été relativement stable. A noter toutefois un fort niveau d’inflation notamment dans le secteur de produits agricoles, qui a provoqué une forte spéculation privilégiant l’exportation et décourageant les activités de transformation locale.
A Madagascar, la dégradation continue du contexte politique et économique a fortement pénalisé les activités des entreprises agroalimentaires qu’elles soient tournées vers l’exportation ou le marché local.
2.2. Evolution des activités du département
a. Consolidation des ESOP existantes et nouvelles créations
A la fin de l’année 2009, le nombre d’ESOP est de 41, appuyant 907 organisations de producteurs travaillant avec 14.964 producteurs.
Au Burkina, les ESOP de Pô et Léo sont en bonne voie d’autonomisation (maîtrise de leurs approvisionnements, de leur gouvernance, du marché, gestion efficiente). Le niveau de maturité atteint par l’ESOP Pô soja lui a permis d’ouvrir son capital en 2009 aux organisations de producteurs et aux salariés de l’entreprise. Si certaines difficultés ont encore été rencontrées cette année (accès au crédit bancaire, capacité des entreprises à tenir leurs engagements en termes de délais et quantités, manque de réactivité de certains nouveaux partenaires) des acquis importants ont été obtenus en termes de pérennisation des ESOP.
Au Mali, les laiteries ont été confrontées à des problèmes de collecte en 2009. Ceux-ci sont dus à la fois à l’insuffisance de pâturage entrainant des départs importants en transhumance, et au niveau de créances des éleveurs (aliment bétail) amenant certains d’entre eux à écouler eux même leur lait sur les marchés. Au-delà d’une refonte du système de collecte (moyens logistiques, prix d’achats) et d’une analyse des prix pratiqués par les laiteries à l’endroit des producteurs, le programme doit pouvoir s’appuyer sur la stratégie de l’Etat (PRODEVALAIT). Sur la filière soja, si le potentiel de production est largement confirmé, la commercialisation tarde à se développer.
Au Togo et au Bénin, le rythme de promotion des ESOP évolue plus vite que prévu (dix ESOP au Togo et huit au Bénin) et le nombre de producteurs touchés, les ventes de riz blanc et de soja torréfié ont augmenté très significativement par rapport à 2008. Les aménagements sommaires de bas-fonds, la mise en relation des producteurs avec les IMF et les programmes de l’Etat (PUASA) ont permis également d’améliorer les rendements.
Face aux contraintes rencontrées par la filière riz au Bénin, les riziculteurs ont décidé de s’organiser et de créer en 2006 une organisation professionnelle agricole faitière d’envergure nationale : le Conseil de Concertation des Riziculteurs du Bénin (CCR-B).
Dans le cadre de leurs activités respectives, une des Unions régionales du CCR-B, le CIDR, et l’ONG Entreprises Territoires et Développement (ETD) collaborent depuis trois ans sur des opérations de production et de transformation de riz. Sur la base de cette première collaboration, un programme national à trois ans a été défini conjointement par les trois organisations. Ce programme s’est fixé pour objectifs d’améliorer la productivité et la compétitivité de la filière riz et contribuer à sa professionnalisation en renforçant les capacités du CCR-B à définir et mettre en œuvre des actions économiques concertées, viables et durables au service de ses membres.
Ce programme a pour objectifs :
Le renforcement des capacités internes du CCR-B : efficience organisationnelle, renforcement des capacités des personnels techniques en maîtrise d’ouvrage, mise en relation avec des partenaires et prestataires extérieurs, etc.,
Le développement des capacités du CCR-B à répondre à ses missions : services efficients aux adhérents, et définition de projets économiques innovants et mobilisateurs.
L’émergence de prestataires (labours, traitements post-récolte, gestion, etc.) dont le développement économique est facilité par la solvabilité des producteurs.
En Ethiopie, le programme est intervenu avec la plate-forme FFARM dans quatre régions avec deux ONG partenaires (au lieu de cinq prévues initialement). Les productions concernées sont le soja pour l’alimentation animale, le « nigerseed » pour la production d’huile alimentaire, le teff, le blé et le lin pour la production d’huile.
A Madagascar, le programme se heurte à des difficultés économiques (la conjoncture actuelle complique largement les prospections en termes de développement de nouvelles entreprises et fragilise celles qui ont été appuyées jusque là que ce soit dans la région Analamanga ou à Tuléar) mais aussi techniques (la création d’une plate-forme technique d’appuis et 4 entreprises par an était un objectif trop ambitieux).
b. Mise en réseau des ESOP
Au Burkina Faso, la collaboration entre ESOP est très bonne sans être formalisée. L’ESOP Léo achète régulièrement du soja torréfié aux ESOP Diebougou et Pô soja ; elle loue également avec Pô soja un magasin commun à Ouagadougou. Les ESOP ont aussi des relations commerciales pour la fourniture de semences et elles ont mutualisé leurs approvisionnements en emballages (achat groupé au Ghana). En outre, une séance de travail commune a été organisée pour leur permettre d’affiner leurs stratégies commerciales.
Au Togo, l’année 2009 a permis la transformation du RESOP (Réseau des Entreprises de Services et Organisations de Producteurs) en SARL, la formation du promoteur et son accompagnement dans l’élaboration de son plan d’affaires 2009-2011. Les ESOP ont pu commercialiser au total 113 tonnes de riz blanc et 15 tonnes de farines de soja à travers la structure de commercialisation, soit respectivement 96% et 81% des prévisions de l’année. Le spot publicitaire élaboré en 2007 sur le riz Délice a été rediffusé sur les chaînes de la TVT. Dans le cadre de la protection de la marque « Délice », les démarches entamées auprès de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle à Lomé ont été poursuivies afin de protéger la marque.
Au Bénin, dans une optique similaire, un RESOP a été créé et commercialise les produits des ESOP à Cotonou. Cette année a été consacrée essentiellement à la formation du promoteur, à l’élaboration de son plan d’affaires à trois ans, et à son accompagnement pour la prospection de nouveaux clients. 55 tonnes de riz Délice seulement ont été vendues sur les 249 prévues faute de matière première disponible à temps dans les ESOP, mais également suite au manque de dynamisme du promoteur dans les actions commerciales menées.
c. Professionnalisation et efficience des plates-formes
Au Burkina Faso, deux nouveaux recrutements ont permis de renforcer l’éventail de compétences au sein de la plate-forme et la réorganiser pour une meilleure efficience. Deux missions d’expertise réalisées pour des commanditaires externes (études filières) ont également permis à la plate-forme de renforcer sa capacité à se positionner éventuellement comme prestataire ponctuel. L’année 2009 a également permis de définir des projets de collaboration pour 2010 avec de nouveaux partenaires variés : entreprise agroalimentaire, Fédération des Industries Agroalimentaires du Burkina et Confédération Paysanne du Faso. La recherche de reconnaissance institutionnelle a amené la plate-forme à élaborer une stratégie de communication et lancer les premières actions. APME.2A a enfin mis en place un comité consultatif composé de personnes ressources externes aux programmes mais évoluant dans des secteurs publics ou privés proches de celui de l’agriculture.
La professionnalisation de la plate-forme Mali s’est essentiellement traduite en 2009 par des actions de formation (techniques de prospection, analyse filière) et l’actualisation et l’élaboration d’outils pour les ESOP Soja. Une réflexion plus globale a été initiée sur les complémentarités entre l’équipe « ESOP » et les autres équipes projets de ICD (programmes VSF-B et AVSF). ICD est reconnue au Mali pour son expertise sur la filière lait. Elle a été invitée à participer à divers ateliers et séminaires nationaux et internationaux sur la programmation du projet de développement et de valorisation du lait local au Mali et lors de la conférence internationale « Accès au marché et commercialisation des produits de l’élevage pastoral en Afrique de l’Ouest et Centrale ».
Au Togo et au Bénin, différentes rencontres avec les partenaires techniques et financiers ont permis à ETD de se faire connaître comme acteur clé de la pérennisation de l’accès aux marchés pour les petits producteurs. L’équipe ETD a été renforcée avec l’arrivée d’un directeur du département « Accès au marché et agriculture familiale ». ETD a également défini son plan d’orientation stratégique 2010–2014. Le programme « Des entreprises d’accès aux marchés urbains pour l’agriculture familiale » a été présenté à différents partenaires. ETD a participé à plusieurs ateliers de réflexion, notamment lors de la rédaction et de la validation du PSRSA, du PNIA au Togo et au Bénin. Le processus d’enregistrement de l’ONG, fini au Togo, est quasiment terminé au Bénin.
Le programme Ethiopie s’est particulièrement focalisé sur la mise en place d’outils permettant de mesurer les effets et impacts du programme. FFARM et le département ont ainsi élaboré et testé en 2009 un questionnaire de mesure des impacts appelé « Reference Family Individual Follow up (RFIF) ». Un tableau des principaux indicateurs de résultats a été formalisé et mis à jour et est étudié lors des réunions trimestrielles ou des missions d’appui. FFARM est sans conteste considérée désormais comme l’une des rares entreprises de services fiables dans le domaine du développement des filières agricoles. Elle est sollicitée régulièrement dans le cadre d’autres programmes de développement. Elle est également sollicitée pour organiser des formations du personnel d’autres ONG. Son partenariat avec le département ne représente plus aujourd’hui que 24% de son chiffre d’affaires qui a quasiment doublé en 2 ans.
La plate-forme de HARDI à Madagascar n’a pu être complétée qu’en 2009. Constituée de 3 cadres (agronomes et économiste), elle peut être considérée comme étant encore en période de formation.
d. Mise à disposition des plates-formes de mécanismes de développement des compétences, d’accès à l’expertise et de financement
En Afrique de l’Ouest, APME.2A a organisé en décembre un atelier régional auquel ont participé les 4 plates-formes du Mali, Burkina Faso, Bénin et Togo. Cet atelier avait pour objectif de mettre en réseau les plates-formes afin de dégager des axes d’amélioration de leurs pratiques et de valorisation de leurs acquis. Il a ainsi permis à de nombreux cadres de se rencontrer et échanger sur des problématiques communes. Les cadres des plates-formes ont été également invités par le département à échanger sur leur expérience en termes de négociations et contractualisations entre organisations de producteurs et entreprises agroalimentaires par le biais d’une communauté de pratiques en ligne intitulée « Construire des relations pérennes entre entreprises agroalimentaires existantes et organisations de producteurs ».
Au niveau des instruments de financement, un audit comptable, réalisé au cours de l’année 2009, a permis d’avoir une situation précise du bilan du fonds d’investissement Togo/Bénin au 1er janvier 2009. Grâce à ces éléments, des contacts ont été pris avec des partenaires financiers et un document de synthèse a été rédigé reprenant les objectifs et publics cibles du fonds de capital-développement, les modalités possibles d’intervention, de financement et de sélection des entreprises, de gestion du fonds et de cadre juridique. Une expertise externe commanditée en décembre et qui sera réalisée début 2010 permettra de confirmer la méthodologie retenue pour son opérationnalisation. La possibilité d’accueillir de nouveaux capitaux sera également étudiée afin de pouvoir donner une plus grande envergure d’action à ce fonds.
Le CIDR souhaite mettre en place dans quatre pays d’intervention (Bénin, Burkina Faso, Mali et Togo) un fonds de « capital-risque ». Ce fonds aura pour rôle d’appuyer la création d’entreprises de transformation ou de commercialisation de produits d’origine agricoles. Ce fonds doit être un acteur économique intervenant durablement dans le secteur agricole sur un créneau spécifique sans se substituer aux organismes financiers existants. Afin d’en démultiplier la portée, il doit pouvoir être abondé par des investisseurs publics ou privés. En tant qu’actionnaire, le fonds devra également pouvoir jouer un rôle de conseil auprès des entreprises, soit directement, soit par l’intermédiaire des plates-formes d’appuis et de diffusion.
Une mission d’expertise fournira au CIDR un conseil économique et juridique afin qu’au cours de l’année 2010, ce fonds puisse dans un premier temps être opérationnalisé au Togo et au Bénin.
Cette mission aura pour objectifs :
Formuler des recommandations techniques sur les principes d’intervention, les modalités de sélection et de financement des entreprises, la gestion du fonds et son fonctionnement, son cadre juridique.
Evaluer les frais de fonctionnement du fonds et formuler des recommandations sur la rémunération des montants investis.
Evaluer les possibilités d’abondement du fonds par des investisseurs et étudier les possibilités de recevoir et d’attribuer des subventions.




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