Auteur : Chao-Béroff R.
Titre : Microfinance et liens sociaux - Le Journal de l’Ecole de Paris du Management, p. 31-37
Sujet : L’article traite du rôle joué par les liens sociaux existant au sein des communautés dans la conduite d’un projet de microfinance. A long terme, les institutions de microfinance peuvent en effet réaliser des gains en prenant en compte le capital social développé dans les zones pauvres où les liens sociaux sont forts.
Date de publication : Février 2003
Financement : Ecole de Paris du Management
Cet article publié dans Le Journal de l’Ecole de Paris du Management explique l’importance des liens sociaux par rapport aux enjeux de la microfinance. Il est suivi du « débat » qui a conduit à la rédaction du papier.
L’auteur définit tout d’abord la microfinance, outil de lutte contre la pauvreté qui s’adresse aux pauvres exerçant des activités génératrices de revenus. La microfinance se propose d’aider ces populations à entreprendre en leur donnant accès aux services financiers. Les types de prêt et d’épargne pratiqués en microfinance ont comme caractéristiques principales de représenter des sommes modiques et d’être de courte durée ; de plus, les IMF (institutions de microfinance) demandent à leurs « clients » des garanties sous forme de cautionnement solidaire.
En vingt ans, ce secteur a connu un développement prodigieux dans les pays du Sud et maintenant aussi en Europe de l’Est. On dénombre à l’heure actuelle environ 10.000 IMF qui touchent 25 millions de clients. Après la mise en place de nombreux projets expérimentaux avec quelques success stories, la microfinance recherche aujourd’hui la pérennisation des IMF. Les défis actuels sont : proposer des produits mieux adaptés aux clients ; renforcer les capacités des IMF pour un développement durable ; améliorer l’efficacité pour pouvoir abaisser les taux de crédit ; devenir vraiment rentable, c’est-à-dire indépendant des subventions et ce sans exclure les populations les plus pauvres.
Dans cette forme de lutte contre la pauvreté, les liens sociaux jouent un rôle clé. C’est d’autant plus vrai dans les zones rurales d’Afrique où les mécanismes de solidarité sont très présents : un individu est considéré comme riche lorsqu’il fortement intégré dans sa communauté. Les liens sociaux ont en effet la particularité de créer du « capital social » : au niveau de l’individu, cette notion désigne son aptitude à s’insérer et à s’intégrer au sein d’un groupe et au niveau d’une communauté, c’est la capacité à s’organiser et à définir et défendre un projet collectif. C’est ce capital social qui conduit la microfinance à s’intéresser aux liens sociaux.
Certes, la prise se compte des liens sociaux dans les projets à un coût car il faut réaliser des études préalables, adapter les structures mises en place et les services/produits offerts et analyser l’impact social des IMF.
Mais le renforcement des liens sociaux représente un certain nombre de gains. Dans les projets s’appuyant sur la solidarité, on peut en effet constater : des économies d’échelle ; une meilleure garantie du remboursement ; la prise en charge par les groupes d’une partie du travail de gestion et de suivi ; la fidélisation des clients ; l’augmentation des ressources propres de l’IMF par une collecte d’épargne plus importante ; l’achat de parts sociales par les clients.
En conclusion, l’auteur encourage le développement d’une microfinance « solidaire », et ce malgré une difficulté majeure : en effet, les investissements liés au développement des liens sociaux doivent être engagés tout de suite, alors que les gains n’apparaissent clairement qu’à long terme. Pour pallier cette contrainte, il est préconisé de créer un label de qualité « microfinance solidaire » qui distinguerait les IMF prenant en compte les liens sociaux et le capital social. Ce label représenterait un outil décisionnel pour les bailleurs de fonds. Ainsi, un défi se présente pour l’avenir de la microfinance : élaborer des indicateurs de performance sociale.
A la suite de l’article, les questions du débat à l’origine de ce papier sont retranscrites, ainsi que les réponses apportées par Renée Chao-Béroff. Les thèmes suivants sont abordés : les dérives de la microfinance ; les liens sociaux ; les usuriers ; l’exclusion ; le taux de réussite des projets de microfinance ; les surcoûts liés à la prise en compte de la microfinance ; les outils de développement du capital social ; l’aide publique et international ; le profil des microfinanciers.